Pharmacoépidémiologie en Afrique : des données à la décision

Pharmacoépidémiologie en Afrique : des données à la décision. Synthèse du panel scientifique international SeminalSeminars®, Édition 2, CEHPI

Défis, opportunités et perspectives pour les systèmes de santé africains

Panel en ligne du 9 octobre 2026 · CEHPI · ▶ Voir le replay · Présentations (PDF)

Le 9 octobre 2026, CEHPI a organisé la deuxième édition de SeminalSeminars®. Cinq experts venus d’Afrique et du Canada y ont débattu d’une question centrale : comment faire de la pharmacoépidémiologie un véritable outil de décision pour les systèmes de santé africains ?

Les échanges ont fait ressortir un constat simple. Les systèmes de santé africains produisent déjà de nombreuses données (dossiers médicaux, prescriptions, dispensations, résultats biologiques, registres, systèmes de pharmacovigilance, programmes de santé, assurances maladie), et ces volumes vont continuer d’augmenter. Le défi consiste désormais à transformer ces données en preuves fiables, pertinentes et utilisables pour la décision.

Le panel en chiffres

345inscriptions uniques
23+pays parmi les inscrits
≈150participants Zoom
82 minde présence médiane

Une discipline au service de plusieurs niveaux de décision

La pharmacoépidémiologie étudie l’utilisation, l’efficacité et la sécurité des médicaments et des autres produits de santé dans leurs conditions réelles d’utilisation. Elle complète en cela les essais cliniques. Au-delà de ce qu’un produit peut faire dans des conditions contrôlées, elle renseigne sur ce qu’il fait réellement dans les populations et les systèmes de soins.

Plusieurs champs d’application concernent tout particulièrement les systèmes de santé africains. La pharmacoépidémiologie peut aider à mesurer l’impact réel des programmes de santé, à documenter l’adhésion thérapeutique et l’usage des médicaments, à quantifier et caractériser les risques après la mise sur le marché, ou encore à alimenter les décisions de remboursement et l’évaluation des technologies de santé. Elle se trouve donc au croisement de décisions cliniques, programmatiques, réglementaires et de couverture sanitaire.

Pour que les données probantes produites soient réellement utiles, il faudrait toutefois partir moins souvent du jeu de données disponible, ou de la seule question académique, et davantage de la décision à prendre. Quelle information pourrait modifier cette décision ? De quelles données a-t-on besoin ? Dans quels délais l’analyse doit-elle être produite ?

Les données existent, mais doivent devenir exploitables

Le panel a insisté sur ce point : l’Afrique ne part pas de zéro. Les données de vie réelle sont déjà générées dans les soins, les registres, les cohortes, les programmes et la pharmacovigilance. Elles peuvent décrire les pratiques, mettre en évidence des inégalités entre populations ou territoires et éclairer les décisions de santé publique.

Qu’elles existent ne garantit pas pour autant leur utilité scientifique. Les difficultés portent notamment sur la complétude, la comparabilité des définitions et des pratiques de saisie, la pertinence des variables et la traçabilité des données. En pharmacoépidémiologie, le suivi longitudinal compte aussi beaucoup, car il faut pouvoir relier dans le temps la prescription, la dispensation, les résultats biologiques, les événements cliniques et les issues de santé. Or la fragmentation des systèmes et l’absence d’identifiants fiables rendent souvent cette reconstruction difficile.

Quatre conditions apparaissent dès lors essentielles : qualité et standardisation, longitudinalité, interopérabilité et gouvernance. Il faut y ajouter la maîtrise des biais de sélection, de classement et de confusion, sans laquelle on risque de confondre association observée et relation causale.

Construire simultanément les infrastructures et les compétences

Une pharmacoépidémiologie durable a besoin d’infrastructures de données, mais aussi de cadres de gouvernance, d’éthique, de protection des informations personnelles et d’assurance qualité. La confiance doit porter à la fois sur les données elles-mêmes, sur les chercheurs qui les exploitent, sur les résultats produits et sur l’usage qui est fait des informations de santé des populations.

Le développement des compétences doit être pensé à plusieurs niveaux. Il faut des professionnels capables de lire et d’utiliser les résultats, des spécialistes formés en pharmacoépidémiologie, en biostatistique et en inférence causale, et des chercheurs capables de concevoir des études, d’adapter les méthodes et de produire des connaissances. Les formations existantes, notamment le Master en Pharmacovigilance et Pharmacoépidémiologie de l’Université Nazi Boni, offrent une base sur laquelle bâtir des programmes plus larges et des collaborations internationales.

Du côté réglementaire, les besoins sont particulièrement importants. Surveiller activement les médicaments et les vaccins, évaluer leur balance bénéfice-risque dans les contextes locaux, produire des données probantes utiles aux politiques de remboursement : tout cela demande des approches pharmacoépidémiologiques encore insuffisamment intégrées dans plusieurs autorités africaines. Le renforcement des compétences et des collaborations entre autorités réglementaires, universités et institutions de recherche est donc une priorité.

Les intervenants ont également beaucoup insisté sur la complémentarité entre pharmacovigilance et pharmacoépidémiologie. La pharmacovigilance peut détecter un signal. La pharmacoépidémiologie permet ensuite de le quantifier, de le caractériser et d’identifier les populations à risque. Ces résultats peuvent enfin être réintégrés dans l’évaluation réglementaire et déboucher sur une action. Le cas canadien de l’ondansétron pendant la grossesse a montré concrètement cette chaîne qui va du signal à la décision.

1PharmacovigilanceDétecter un signal
2PharmacoépidémiologieQuantifier, caractériser, identifier les populations à risque
3Évaluation réglementaireRéintégrer les résultats
4DécisionDéboucher sur une action

Par où commencer ?

En apparence, deux stratégies s’opposaient dans la discussion : investir d’abord dans de grandes infrastructures de données longitudinales, ou démontrer rapidement la valeur de la pharmacoépidémiologie à partir des données déjà disponibles. Au fil des échanges, il est apparu que ces deux approches se complètent.

Les transformations en cours, qu’il s’agisse de la digitalisation des soins, du développement des assurances maladie ou des systèmes d’information hospitaliers et pharmaceutiques, sont autant d’occasions d’intégrer dès maintenant des identifiants uniques, des codifications standardisées et des mécanismes de gouvernance adaptés. En parallèle, des études ciblées peuvent être menées avec les données disponibles pour démontrer la valeur concrète de la discipline, notamment en matière de sécurité des médicaments, de résultats cliniques ou de coûts évités.

Les échanges avec le public ont rappelé que cette évolution devra aussi tenir compte des réalités du terrain : une notification des effets indésirables plus simple, la prise en compte des conditions de stockage et de distribution des produits, un retour d’information vers les professionnels qui collectent les données et une meilleure information des patients.

En conclusion

Le développement de la pharmacoépidémiologie en Afrique n’exige pas de construire d’abord une infrastructure unique avant de pouvoir agir. Il passe par une progression menée de front : mieux exploiter dès aujourd’hui les données disponibles, démontrer la valeur des études pour la décision, renforcer les compétences et construire progressivement des systèmes de données plus fiables et interconnectés.

À terme, l’ambition est que la pharmacoépidémiologie devienne plus qu’une discipline académique : une infrastructure permanente de décision, au service de la sécurité, de l’efficacité, de l’efficience et de l’équité des systèmes de santé africains.

Ressources du panel

Replay

Revoir l’intégralité du panel

Regarder sur YouTube

Présentations des panélistes

Les supports présentés lors du panel, partagés avec l’accord de leurs auteurs.

Dr Lassané Kaboré

CEHPI · Burkina Faso

Pharmacoépidémiologie en Afrique : de l’usage réel à la décision

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Prof. Arsène Zongo

Université Laval · Canada

Construire une pharmacoépidémiologie robuste et durable en Afrique

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Dr Lucresse C.A. Fassinou

Experte indépendante · Bénin

Données de vie réelle en Afrique : de la donnée disponible à la preuve utile

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Myriam Salem

Experte indépendante · Canada

Du signal à la décision réglementaire : pharmacovigilance et pharmacoépidémiologie

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