Ce que révèle une étude publiée dans The Lancet Global Health, cosignée par le fondateur de CEHPI
Quelle taille donner à un stock mondial de vaccins contre la mpox, et comment l’utiliser ? Une étude commandée par Gavi, l’Alliance du vaccin, à la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health vient d’y répondre dans The Lancet Global Health. Le Dr Lassané Kaboré, fondateur et Directeur Général de CEHPI, en est co-auteur, au titre de ses fonctions passées à Gavi.
Pourquoi un stock de vaccins contre la mpox ?
Endémique en Afrique de l’Ouest et du Centre depuis 1970, la mpox a changé d’échelle depuis 2022. L’OMS a déclaré deux urgences de santé publique de portée internationale, la seconde (août 2024 – septembre 2025) étant liée à l’expansion du clade Ib. Deux vaccins sont utilisés en riposte : le MVA-BN, préqualifié par l’OMS, et le LC16m8.
Encore faut-il qu’ils arrivent vite là où l’épidémie démarre. C’est le rôle des stocks mondiaux : Gavi en finance déjà quatre (méningite, Ebola, choléra, fièvre jaune), gérés par le Groupe international de coordination (ICG). L’étude devait éclairer la création d’un cinquième, pour la mpox.
La méthode : simuler des épidémies, puis chiffrer les choix
L’étude combine deux outils.
Un modèle de transmission (dit SEIRD-V) simule une flambée de 180 jours dans quatre groupes : enfants de moins de 5 ans, hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, travailleuses du sexe et reste de la population. Il est appliqué à trois contextes types : Kamituga (RDC, clade I, rural), Kawempe (Ouganda, clade I, semi-urbain) et Mushin (Nigeria, clade II, urbain).
Le modèle compare l’absence de vaccination à la vaccination des groupes à risque et des contacts, avec une ou deux doses de MVA-BN. Celle-ci est déclenchée soit dès 20 cas (environ 5 jours), soit après 100 cas (3 à 8 semaines). Chaque scénario est simulé 1 000 fois pour tenir compte de l’incertitude.
Une analyse coût-bénéfice teste ensuite des stocks de 300 000 à 2 millions de doses sur cinq ans. Elle compare les coûts (dont 65 dollars US par dose) aux cas, décès et années de vie ajustées sur l’incapacité (DALY) évités.
Les résultats : trois enseignements
Sans vaccination, une flambée de six mois ferait en moyenne 11 000 à 18 000 cas selon le contexte. La vaccination réduit fortement ce bilan, surtout si elle démarre tôt.
| Contexte | Sans vaccin | Vaccination dès 20 cas | Vaccination après 100 cas |
|---|---|---|---|
| Kamituga, RDC (clade I) | 11 331 cas 821 décès |
950 cas 29 décès |
1 679 cas 56 décès |
| Kawempe, Ouganda (clade I) | 12 040 cas 862 décès |
1 678 cas 51 décès |
2 840 cas 89 décès |
| Mushin, Nigeria (clade II) | 17 807 cas 464 décès |
2 389 cas 3 décès |
4 355 cas 7 décès |
Moyennes sur 1 000 simulations, stratégie à une dose. Source : Mitcham et al., 2026, tableau 3.
1. La rapidité est décisive. Attendre 100 cas au lieu de 20 augmente en moyenne les cas de 93 % et les décès de 136 %.
2. Une dose suffit en riposte. L’écart avec deux doses est inférieur à 1 % sur les cas et nul sur les décès, pour un coût et une logistique moindres.
3. Un million de doses offre le meilleur rapport coût-bénéfice. Avec une riposte rapide, ce stock couvre 74 % des flambées attendues, pour environ 1 200 dollars US par DALY évité. Deux millions de doses en couvriraient 95 %, mais le second million est moins efficient que le premier.

Quelle que soit la taille du stock, la riposte rapide est toujours la plus efficiente : c’est le levier qui pèse le plus.
Ce qu’il faut garder en tête
Ces résultats restent des estimations, aux intervalles d’incertitude larges. Seul le MVA-BN a été modélisé : un vaccin moins cher ou des doses fractionnées amélioreraient encore le rapport coût-efficacité. Les trois sites étudiés ne couvrent pas le Sahel, et certains paramètres reposent, faute de données, sur le jugement d’experts. Enfin, l’étude porte sur la riposte, et non sur la vaccination préventive.
Et pour l’Afrique de l’Ouest et le Burkina Faso ?
Un stock mondial ne protège que les pays capables de détecter une flambée tôt et de demander les vaccins sans attendre. Le principal enseignement de l’étude s’adresse donc aussi aux systèmes de santé nationaux : c’est en amont que se gagne la riposte.
Cela invite nos pays à investir dans :
- la détection précoce : surveillance communautaire, diagnostic décentralisé, notification rapide ;
- des seuils de riposte définis à l’avance ;
- la préparation des demandes à l’ICG et des plans de vaccination ciblée ;
- des procédures réglementaires accélérées, s’appuyant sur la préqualification de l’OMS.
Produire davantage de données locales permettra aussi à de futurs modèles de mieux refléter nos réalités.
Note de transparence
Le Dr Lassané Kaboré (PharmD, PhD), fondateur et Directeur Général de CEHPI, a contribué à cet article lorsqu’il était en poste à Gavi (conceptualisation, obtention du financement, validation, révision du manuscrit). L’étude a été conduite par la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health et financée par Gavi ; elle n’a pas été réalisée par CEHPI. Ce billet n’engage que CEHPI.
Référence : Mitcham D, Bruns R, Goodtree H, et al. Informing an mpox stockpile investment case: epidemiological modelling and cost–benefit analysis. The Lancet Global Health, 2026. https://doi.org/10.1016/j.langlo.2026.104069. Article en accès libre.
À propos de CEHPI
Le Center for Expertise in Health and Pharmaceutical Intelligence (CEHPI) est un cabinet de recherche, de conseil et de formation basé à Ouagadougou, actif en Afrique de l’Ouest et du Centre, notamment en épidémiologie, économie de la santé, science réglementaire et systèmes de vaccination.
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